Infidélité en France : ce que disent vraiment les chiffres

L’infidélité est un sujet dont on parle beaucoup et que l’on mesure rarement. Entre les conversations de fin de dîner et les pourcentages brandis sans référence, il devient difficile de distinguer l’observation de l’impression. Nous avons donc repris les enquêtes réellement disponibles — celles de l’Ifop, qui interroge les Français sur ce thème depuis des décennies — en ne retenant que les chiffres explicitement publiés dans les rapports. Certains contredisent les idées reçues.

Ce que dit la dernière enquête disponible

L’enquête la plus récente a été menée en avril 2025 auprès d’un échantillon de 2 000 Français. Son constat principal est contre-intuitif : l’infidélité classique recule. La proportion de Françaises admettant avoir déjà été infidèles au cours de leur vie s’établit à 26 % en 2025, contre 33 % en 2016 — soit sept points de moins en neuf ans (source).

Voilà qui prend à revers le discours ambiant sur une infidélité galopante. Encore faut-il comprendre ce que ce recul signifie réellement, car il ne traduit pas un retour de la fidélité.

L’infidélité recule, le couple ouvert progresse

L’institut avance une explication précise : ce qui diminue, c’est l’infidélité cachée. Elle cède du terrain à des arrangements négociés. La même enquête indique que 15 % des Français ayant déjà été en couple ont vécu une relation où chacun était libre d’avoir des rapports sexuels à l’extérieur, et que 8 % se disent aujourd’hui dans une relation « ouverte ».

La progression est nette dans la durée. Chez les Françaises, la proportion déclarant vivre en couple libre est passée de 1 % en 2017 à 3 % en 2019, 4 % en 2023 et 5 % en 2025 (source). Ce n’est donc pas la tentation qui s’efface : c’est le secret qui, pour une partie des couples, cesse d’être la seule option.

Paris à part

L’extraconjugalité n’est pas répartie uniformément sur le territoire. L’expérience d’une relation ouverte au cours de la vie concerne 23 % des Parisiens contre 15 % dans le reste de l’Hexagone. Parmi les personnes actuellement en couple, l’écart se creuse encore : 17 % des Parisiens vivent une relation ouverte, soit plus du double de la moyenne nationale (8 %) (source).

L’explication tient sans doute autant à l’anonymat urbain qu’aux normes sociales : dans une grande ville, la probabilité d’être reconnu diminue et celle de rencontrer quelqu’un augmente. C’est une réalité que connaissent bien les personnes qui cherchent une rencontre adultère à Paris.

Les règles que se donnent les couples libres

Le passage à une relation ouverte s’accompagne presque toujours d’un règlement intérieur, et sa lecture est instructive. Après le port du préservatif (61 %), les règles les plus fréquentes visent à rendre l’acte invisible : l’interdiction d’en parler à l’entourage (54 %), celle de ramener un partenaire sous le toit conjugal (52 %) et celle de choisir ses partenaires en dehors du cercle d’amis proches (44 %) (source).

Autrement dit : même quand l’exclusivité tombe, la discrétion reste. Elle change simplement de fonction — elle ne protège plus du conjoint, mais du regard des autres.

Un regard social toujours asymétrique

Une enquête européenne antérieure, réalisée en avril 2019 auprès de 5 026 femmes dont 1 000 Françaises, éclaire ce besoin de discrétion. Environ trois quarts des femmes interrogées estiment que leurs proches sont plus choqués lorsque c’est une femme qui est infidèle (76 %) que lorsque c’est un homme (24 %) (source).

Cette asymétrie explique en partie pourquoi les femmes recourent davantage à des espaces protégés pour leurs rencontres : le coût social d’une découverte n’est pas le même selon le sexe.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Trois réserves méritent d’être posées, par honnêteté.

Le biais déclaratif d’abord. Toutes ces données reposent sur des questionnaires auto-administrés : on y mesure ce que les gens acceptent de dire, pas ce qu’ils font. Sur un sujet aussi chargé moralement, la sous-déclaration est probable — et sans doute plus forte chez les femmes, précisément à cause de l’asymétrie décrite plus haut.

Le commanditaire ensuite. Ces enquêtes ont été réalisées par l’Ifop pour Gleeden, un site de rencontres extraconjugales. Le protocole reste celui d’un institut reconnu et les échantillons sont représentatifs, mais le choix des questions n’est jamais neutre. Nous préférons le signaler que le taire.

Les comparaisons enfin. D’une vague à l’autre, la formulation des questions évolue. Comparer 2016 et 2025 a du sens quand l’institut le fait lui-même, comme ici ; mélanger des chiffres issus d’enquêtes différentes produit surtout des faux.

Ce qu’il faut en retenir

Trois enseignements résistent à l’examen. L’infidélité dissimulée recule légèrement. Les arrangements explicites progressent, lentement mais continûment. Et la discrétion demeure la constante absolue, quelle que soit la forme choisie — c’est elle que les couples codifient en premier, avant même la fréquence ou le choix des partenaires.

C’est aussi ce que nous observons au quotidien : qu’il s’agisse d’une parenthèse à Paris ou d’une rencontre adultère à Lyon, la première exigence formulée n’est jamais l’aventure. C’est la certitude que rien n’en sortira.

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